Place des Grandes Dames.

Au départ je pensais nommer ce billet. Des filles qui en ont mais on va encore me reprocher de dire trop de gros mots et tout et tout. D’autant qu’ « en avoir ou pas » ça n’a aucun sens. Puis le mot Nana m’est venu tout naturellement à l’esprit. Nana pour Niki de Saint Phalle et Nana pour ma chérie Mary (elle comprendra). Dames c’est pas mal non plus. Finalement ce sera Dames pour le titre et Nanas dans le texte parce que j’arrive pas à choisir.
Quand on y pense, une couille c’est vraiment pas joli.

Je n’ai jamais réellement participé aux évènements de cette journée du 8 mars. A part accepter poliment la rose que l’on m’offre dans la rue à cette occasion. En même temps le but de cette journée n’est pas de recevoir des fleurs. Je n’y ai donc jamais participé de quelque façons que ce soit, sauf l’année dernière où j’ai répondu avec plaisir à l’invitation de mes copines Les (grandes) dames en van. Il s’agissait d’un article collectif rédigé par 8 Nanas blogueuses mettant en avant 8 romans écrits par 8 Nanas auteures. Conjuguant ainsi voyages et sororité.

Cette année j’ai eu envie d’écrire un petit truc (certainement influencée et motivée par les derniers évènements) . Pour ce 8 mars je souhaite rendre hommage à 8 Parisiennes. Parisiennes de naissance ou de cœur ou simplement à celles qui ont laissé leur empreinte dans la capitale. 8 femmes libres et courageuses qui pour la plus part ont mené des combats que nous ne sommes pas prêts d’oublier. Des femmes inspirantes et belles que l’on remercie d’avoir existées. Des femmes envers lesquelles nous sommes éternellement reconnaissants. Je m’arrête à 8 pour le symbole mais elles sont bien plus nombreuses, célèbres comme anonymes à avoir leur place dans cet article. Prêts pour une balade parisiennes sur les pas de 8 fabuleuses Nanas?

Place des Grandes Dames

1. Niki de Saint-Phalle

Rendez-vous au cœur de Paris près des Halles à deux pas de Beaubourg. Il fait beau (si si, fait beau j’vous dis). Installons nous non pas en terrasse mais au bord de la Fontaine Stravinsky Au total seize automates animés ont pris vie dans ce bassin dont le contour est formé d’un banc. On s’y installe, déjeune sur le pouce, se bécote, papote avec ses copines…
Ces créations sont l’œuvre de Niki de Saint-Phalle et son mari Jean Tinguely. Elles rendent hommage à Igor Stravinsky à travers des éléments tout droit sortis de son univers. Parmi ces automates on trouve, le bestiaire, la vie, la mort, l’amour..
Niki de Saint-Phalle est cette fabuleuse artiste écorchée vive qui a  passé sa vie à chasser ses démons. Notamment ses internements. Niki de Saint Phalle a été violée par son père.

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Affiche de l’expo consacrée à Niki de Saint-Phalle au Grand Palais.

2. Olympe de Gouge

Quittons le Grand Palais pour le MAM, le musée d’art moderne où un tas de télés entassées une œuvre d’art vous attend. Vous la reconnaissez ?

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Détail.
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M’enfin c’est Olympe de Gouges! Selon la vision de Nam June Paik. Olympe de Gouges de son vrai nom Marie Gouze née le 7 mai 1748 est une femme de lettre, une femme politique, visionnaire,  auteure prolifique et farouchement engagée en faveur des droits civils et politiques des femmes mais également pour l’abolition de l’esclavage et contre la peine de mort. La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, c’est elle. On lui doit aussi les services de maternité, et les foyers pour mendiants. Olympe de Gouges s’est pour ainsi dire battue toute sa vie contre les injustices. Mariée à 17 ans contre sa volonté, une fois veuve elle décide de le rester. Ce qui lui permet de publier ses écrits librement. En effet à cette époque, une femme devait ne pouvait publier ses textes sans l’autorisation de son époux.  Elle est à juste titre considérée comme une pionnière du féminisme. Menacée de mort pour sa pièce qui dénonce l’esclavage. Elle monte sur l’échafaud en 1793 pour s’être opposé et Marat et Robespierre après un jugement à la hâte sans avocat.

La vraie Olympe de Gouges

3. Yvonne Bruker

On prend le métro? Pour changer de quartier mais aussi pour vous présenter une ancienne collègue de Jean-Marc, Yvonne Bruker qui prend les commandes de la ligne 12 en 1982, et devient la première femme conductrice du métro. La fresque de la station Tuileries lui rend hommage aux cotés des grande figures du XXème siècle. Elle figure à coté du TGV mais c’est bien le métro qu’elle conduisait.

Yvonne.

Sans transition, le Panthéon

Où cinq femmes au total ont rejoint le sacro saint temple consacré aux Hommes (pour info, ils sont 75 les mecs). On doit à l’une d’elle le droit d’enfin décider, de faire le choix ou non de maternité et tant d’autres choses. Les femmes toutes générations confondues lui sont éternellement reconnaissantes. Pour preuve les messages et autres hommages rendus à l’annonce de sa mort en 2017.

4. Simone Veil

« Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. Il suffit d’écouter les femmes, c’est toujours un drame » Cette phrase prononcée par Simone Veil est criante de vérité et de douleur. Douleur des femmes qui ne disposent pas de leur propre corps, douleur des femmes qui subissent, douleur des femmes humiliées par ce patriarcat tout puissant et douleur de Simone Veil lors de son discours à la tribune de l’Assemblée ce 26 novembre 1974 devant un public constitué presque exclusivement d’hommes. Ces hommes qui ont le pouvoir et le droit de décider pour les femmes. C’est un véritable bras de fer, son propre camp politique se ligue contre elle et tente de la mettre en pièce. Partout dans les foyers, dans la rue les clans se forment pour ou contre l’avortement.
Celle qui revient de loin (pas besoin de rappeler qu’elle fut déportée dans les camps de mort) est comparée à un nazi. Son parcours est exceptionnel. A son retour des camps elle suit des études de droit et deviendra magistrate. Sous Giscard, elle sera ministre de la santé, mais elle n’est pas dupe, concernant l’accès ce poste dans un gouvernement qui se devait de jouer la modernité, elle eut cette phrase « J’ai eu de la chance. Il fallait une femme alibi. Cela a été moi »

Simone Veil a bien entendu sa place au Panthéon.

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Restons au Panthéon pour y saluer une autre grande dame.

5. Marie Curie

On ne présente plus celle qui fut récompensée dans deux domaines scientifique de deux prix Nobel. Prix Nobel de physique en 1903 et de chimie en 1911. Première femme à avoir reçu un tel prix Marie Curie est à ce jour la seule à avoir été deux fois récompensée. Cette femme est un génie. Après des études brillantes, elle obtient son diplôme de fin d’études avec la médaille d’or. Chez elle en Pologne les études secondaires étant interdites aux femmes. Elle rejoint donc sa sœur déjà installée Paris. C’est là qu’elle suivra des études à la faculté des sciences où elle termine première de sa promotion. Plus tard elle sera la première femme professeur de la Sorbonne.  Ses recherches sur la radio activité l’amènent à deux grandes découvertes. Le Polonium (nommé ainsi en hommage à son pays la Pologne) et le radium. Durant la première guerre mondiale, elle n’hésite pas à se rendre sur le front pour réaliser des radiographies des soldats blessés. Exposée sans limite à la radioactivité elle meurt d’une leucémie. Son cercueil au Panthéon est constitué d’une couche de plomb dans le but de contenir la radioactivité dont son corps est imprégné.

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Un peu de romantisme, ça vous dit ? Retrouvons nous dans le quartier de la Nouvelle Athènes plus exactement au 16 rue Chaptal dans le 9ème où se trouve aujourd’hui le musée de la Vie romantique.

6. George Sand

Celle qui fit scandale parce qu’elle portait des pantalons, fumait la pipe et avait fait le choix de porter un pseudonyme masculin fait partie des écrivains les plus prolifiques. Sans jamais se rencontrer elle et Victor Hugo avaient scellé une grande amitié (épistolaire). Pourtant, George Sand avait de nombreux détracteurs et du cran Elle a encaissé les attaques misogynes de ces contemporains mâles. Des attaques d’une rare violence, des attaques destinées à la femme.
Baudelaire a écrit: Elle n’a jamais été artiste. Elle a le fameux style coulant, cher aux bourgeois. Elle est bête, elle est lourde, elle est bavarde ; elle a dans les idées morales la même profondeur de jugement et la même délicatesse de sentiment que les concierges et les filles entretenues ». Il ajoute, non sur l’auteur, cette fois, mais sur la femme : « Que quelques hommes aient pu s’amouracher de cette latrine, c’est bien la preuve de l’abaissement des hommes de ce siècle »
Mais dis moi Charles tu avais peur d’elle ou…c’est ça tu avais les pétoches. Peur de son talent peut être ?
Pour retrouver l’âme de cette autre Grande Dame, je vous propose de visiter Le Musée de la Vie romantique. Cette magnifique demeure anciennement la propriété du peintre Ary Scheffer. Ce musée est un véritable bijou niché dans son jardin qu’il lui sert d’écrin, on y retrouve les effets personnels de George Sand qui s’y rendait souvent.

Le musée de la vie romantique. L’âme de Chopin et de Sand y sont fortement présentes
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Un autre jardin sans musée cette fois à conservé tout son charme. Le jardin parisien dans toute sa splendeur. Le Jardin du Palais Royal situé entre le Louvre et la Comédie française.

7. Colette

Le Cardinal Richelieu en a eu l’idée. Louis XIV s’y promenait et s’entraînait à chasser et Colette y a logé.

Le Jardin du Palais royal

Sidonie-Gabrielle Colette a choisi le nom de père pour pseudonyme un prénom très féminin: Colette. Jeunesse heureuse, auprès d’une mère aimante, athée et féministe qui lui transmet le désire de liberté. Elle deviendra une des plus célèbre romancière .Femme de lettre, journaliste, et comédienne. Elue à l’académie Goncourt en 1945, présidente de cette même académie en 1949, nommée pour le prix Nobel de littérature, Colette est la deuxième femme à recevoir de funérailles nationales en France. Celle qui fut estampillée « Reine de la bisexualité » N’était as féministe. Ces propos virulents envers les Suffragettes peuvent choquer : « Les suffragettes me dégoûtent (…) elles méritent, le fouet et le harem… ». Colette fut domiciliée à deux reprises au Palais royal. Le premier à l’entresol, sorte de cave qu’elle quitte pour des raisons de santé. Mais elle revient s’installer dans un autre appartement de ce jardin du Palais royal qu’elle aime tant. La Dame du Palais Royal y restera jusqu’à la fin de sa vie. Une des deux allées du jardin lui rend hommage. La deuxième s’adresse à Jean Cocteau qui était son voisin.

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Après avoir profité de ce superbe jardin, je vous propose de venir  flâner sur une jolie passerelle.

8 Simone de Beauvoir

Dans les années 70? Elle est l’une des plus jeune militante en faveur des droits de la femme. Elle est un bel exemple d’émancipation féminine.
Une passerelle de …lui est dédiée. La Passerelle Simone-de- Beauvoir.
Ce pont qui relie le 12ème arrondissement par le parc de Bercy et le 13ème par la Bibliothèque Nationale de France est exclusivement réservé au mode de transports dit « doux ». On le franchit donc à pied ou à vélo. Traverser cette passerelle est très agréable. Le quartier étant propice à la flânerie.

En prenant cette passerelle, j’ai toujours cette sensation de trouver la mer de l’autre coté….et non.
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Je termine par cette photo de Simone de Beauvoir que je trouve très belle. Une anecdote plutôt cocasse lui est attribuée. Vraisemblablement censurée (bien que cela fut démenti) cette photo est l’œuvre ‘un jeune photographe Art Shay. Il raconte dans un article de L’Obs comment il l’a réalisée, c’était dans les années 50.  » je me trouvais là, photographe stagiaire de Life Magazine (initialement embaucher pour porter les sacs et rédiger les légendes), quand j’ai vu Beauvoir émerger du bain et se coiffer devant le miroir. J’ai pris rapidement deux ou trois clichés et elle a entendu le déclic. « Vous êtes un vilain garçon », a-t-elle dit, mais sans pour autant fermer la porte ni me demander d’arrêter de prendre des photos… Le cliché que vous avez publié est pour moi le meilleur de tous. Je peux comprendre l’utilisation par votre magazine de Photoshop pour corriger le galbe des jambes – mais je pense que cela n’ajoute rien, bien au contraire, à la fraîcheur de l’original. »

©Art Shay

 

 

 

 

 

 

 

 

 

14 réflexions sur “Place des Grandes Dames.

    1. Hello
      Merci de prendre des nouvelles. Oui tout va bien pour nous. Nous étions en Mayenne avant le confinement et après l’annonce de notre « cher » président, nous avons pris la décision d’y rester. La maison est froide, sans confort mais je ne regrette pas. Et vous? Tout le monde va bien? Je vous embrasse.

      J'aime

  1. Merci pour cet article magnifique et jubilatoire, merci pour cette belle idée. Je me suis régalée à te lire, à redécouvrir ces femmes et à découvrir les lieux qu’elles ont marqué de leur empreinte à Paris. George Sand et le musée de la Vie romantique, c’est un lieu de pèlerinage pour moi 😉 Niki, je l’adore, les deux Simone, la philosophe et la politique, je les admire profondément, Olympe est notre mère à toutes… La seule avec qui, je l’avoue, j’ai un peu de mal, c’est Colette. Même si j’ADORE son style. Même si je trouve qu’elle écrit divinement, merveilleusement bien (La chatte, Le blé en herbe, La cire verte… quelle poésie). Sa haine des autres femmes, elle ne l’a pas exercée uniquement envers les suffragettes, mais aussi et surtout envers sa propre fille, qu’elle a brimée, humiliée, cassée… c’est vraiment l’archétype des femmes qui détestent les autres femmes, l’antéchrist de la sororité 😉
    Je t’embrasse fort, merci pour ce bel article !

    Aimé par 1 personne

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