Le cimetière du Père-Lachaise

Imaginez une colline située à l’est de la capitale, au carrefour de trois anciens villages: Belleville, Ménilmontant et Charonne. Un site alors hors des murs de Paris, tour à tour, vigne, verger, lieu de repos pour les Jésuites puis cimetière. Comment cette colline est devenue le cimetière parisien le plus visité au monde?

Cet article participe au rendez-vous mensuel #EnFranceAussi. Un rendez-vous initié par Sylvie du Coin des voyageurs où chaque mois un membre du collectif propose un thème. Pour ce mois de novembre, « Cimetière » est choisi par Audrey de Arpenter le chemin.

Bienvenue au cimetière du Père Lachaise. Un site qui a la particularité d’être à la fois un lieu de recueillement, un somptueux musée à ciel ouvert et un très bel espace vert dont l’entrée est bien entendu gratuite.

Le cimetière du Père-Lachaise

Un cimetière à l’est de Paris

Une prise de conscience et nouvelle loi sont à l’origine de la création de ce cimetière situé à l’époque de son ouverture hors des murs de Paris. Le Père-Lachaise fait partie de la mise en place d’un réseau de cimetières en dehors des limites de la ville. En 1801 Nicolas Frochot alors préfet de la Seine envisage la création de trois grands cimetières. Celui du Montparnasse au sud, celui de Montmartre au Nord et le Père-Lachaise qui trouvera sa place a l’est. Pour réaliser ce projet, la colline alors nommée Montlouis est le lieu idéal. Cette décision de créer des cimetières hors des murs marque le début de l’interdiction d’être inhumé dans des lieux clos comme les églises. C’est la fin des cimetières paroissiaux. Une autre raison déterminante va « déclencher » la création de ces grands cimetières: l’hygiène ou plutôt le manque d’hygiène. On se souvient du cimetière des Innocents fermé pour cause d’insalubrité. Ce cimetière n’était ni plus ni moins qu’une gigantesque fosse commune saturée de plus d’un millier de cadavres enterrés à même la terre et de millions d’ossements entassés au fil des siècles. Malgré les avertissements et mises en alerte, les murs de la cave d’une maison ou d’un restaurant (les deux versions existent) ont cédé sous le poids des cadavres, ce qui a provoqué une asphyxie générale suivie de la fermeture définitive du cimetière des Innocents. Les ossements ont quant à eux pris la route pour les carrières de la Tombe-Issoire aujourd’hui les Catacombes. Pour ceux qui arrivent par l’ouest de la capitale, ils trouveront le cimetière de Passy où est inhumé Fernandel.

Le décret impérial sur la sépulture promulgué en 1804 par Bonaparte fixe des règles claires et précises. Il est entre autre décidé que : « chaque citoyen a le droit d’être enterré quelle que soit sa race ou sa religion ». Dorénavant chacun a droit à une sépulture, cela concerne également l’athée, le suicidé, le comédien, le pauvre…La fin d’une injustice?
Le décret dans son intégralités est ici: https://perelachaisehistoire.fr/decret-imperial-sur-les-sepultures/

Revenons à notre cimetière de l’est dont les travaux d’aménagements seront confié à l’architecte Alexandre-Théodore Brongniart qui a lui aussi sa sépulture au Père-Lachaise (le Palais de la Bourse dans le 2ème c’est lui). De toute beauté, bucolique à souhait tel un jardin à l’anglaise, à mille lieux des charniers que le peuple a connus.

Pourtant les Parisiens le boudent. Ce cimetière hors de la capitale est trop loin, il n’intéresse personne. C’est alors qu’une grande opération de com’ fut décidée. Il faut attirer du monde, donner envie aux Parisiens de se faire inhumer au Père-Lachaise. Pour cela on y déplace les dépouilles d’illustres défunts. C’est ainsi que Jean de La Fontaine et Molière du moins ce qu’il en reste (si toute fois il reste quelque chose) sont inhumés au Père-Lachaise côte à côte plus d’un siècle après leur décès. Une autre sépulture sera au programme de cette opération marketing. La tombe d’Eloise et Abélard. Un monument funéraire grandiose qui abrite les amoureux enfin réunis.

Eloise et Abélard

Célébrités, rituels et autres bizarreries

Aussi célèbre que ces grandes personnalités qui y ont trouvé leur dernière demeure, le cimetière du Père-Lachaise accueille chaque année plus de trois millions de visiteurs. Tout ce beau monde vient rendre hommage aux stars, homme politiques, grands écrivains, artistes. De style antique, gothique, néoclassique ou haussmannien on ne peut qu’être en admiration devant cette richesse et cette variété architecturale.
Des plans sont vendus aux kiosques alentours, des visites guidées sont quotidiennement organisées. Ce qui fait de ce cimetière toujours en activité un haut lieu touristique.

Certaines tombes ont leur rituel ou leur légende. Cultiver des patates sur la tombe de Parmentier. Laisser un baiser pour Oscar, coller son chewing-gum pour Jim. Candidater pour hériter de la Comtesse Demidoff. Caresser la braguette de Victor Noir, faire un vœux devant la tombe d’Allan Kardec et y revenir avec des fleurs si le vœux en question s’est réalisé, se recueillir sur la tombe de  “bonne maman” de son véritable nom Rufina Noeggerath  et en repartir guéri des troubles de la vue. C’est aussi tout ça le Père-Lachaise. En plus d’être le précurseur de l’évolution des pratiques funéraires, il est excentrique, folklorique, un peu ouf et tellement poétique.

Malgré sa renommée, le recueillement autour de la sépulture d’Edith Piaf qui est enterrée avec sa fille, son père et de son mari est plutot sage. Piaf qui partage la vedette avec Jim Morrison où les fans ont instauré le rituel de l’arbre à chewing-gum. A propos de cet arbre que je trouve dégueulasse situé à proximité de la tombe du chanteur des Doors, Benoît Gallot actuel conservateur du Père-Lachaise nous dit ceci:

Qui, enfant, n’a jamais collé un chewing-gum sous une table de classe ? Les plus joueurs tentaient de les coller au plafond quand le prof avait le dos tourné. Les plus sadiques les collaient dans les cheveux des filles assises devant.

Au Père Lachaise, les visiteurs collent les chewing-gums sur un arbre à proximité de la sépulture de Jim Morrison.
Cet acte régressif est un rituel qui permet de témoigner de son passage devant la tombe du leader des Doors à défaut de pouvoir s’en approcher en raison des barrières de protection.
Un acte rebelle à l’image du chanteur même si on est loin du lieu de culte et de débauche qu’était devenue la tombe du Lizard King jusque dans les années 90’s.

C’est presque beau, parfois créatif : certains tentent de faire des formes avec leur chewing-gum ou y plantent un mégot de cigarette, d’autres l’accompagnent d’un message ou d’un dessin au marqueur. Quand plusieurs chewing-gums viennent d’être fraîchement collés, ça sent mauvais, la fraise rance ou la menthe défraîchie.
Comme pour tous les rituels qui ont cours au Père Lachaise, on se demande bien qui a eu le premier l’idée. La horde a suivi.

L’arbre semble bien vivre le fait d’être devenu un support à chewing-gums même si les bûcherons le protègent des « hommages » rendus à son célèbre voisin avec une canisse en bambou dont il lui est désormais impossible de se débarrasser, comme un chewing-gum collé à une chaussure.

Sur la tombe de Pierre Desproges il est fréquent de voir un attroupement le 11/11 à 11h11. Des gens qui aiment rire de… tout. Ils viennent ainsi rendre hommage au plus cynique des humoristes. Le rassemblement du 11/11//2011 c’est produit dans une ambiance bon enfant autour de cette tombe aux allures de petit jardinet. Les cendres de Pierre Desproges auraient par dérogation spéciale été dispersées sur cette tombe/jardin. Non loin de Desproges, la sépulture de Fred Chopin et sa très belle statue de la musique en pleur. Elle représente Euterpe, muse de la musique.

Ces inconnus qui font le Père-Lachaise

Lorsque vous venez au Père-Lachaise, vous entrez dans un domaine occupé par plus de 70000 sépultures. Ce cimetière est toujours en activité. Des cérémonies ont lieu chaque jour. Pour cette raison des règles sont de rigueur. On ne pique-nique pas, la course à pied y est interdite, pas de musique non plus. Cela parait être une évidence mais malheureusement pas pour tout le monde. Malgré ses illustres résidents, le Père-Lachaise ne serait pas ce qu’il est sans ses anonymes et ses tombes tombées en désuétude parfois envahies par la végétation ou à travers lesquelles les arbres poussent avec aisance, sans ses allées pavées, parfois tortueuses, qui donnent toute cette notion de charme et de mélancolie au cimetière. C’est précieux et sacré, il est important de respecter.

Le Père-Lachaise, un lieu plein de vie.

Les cimetières, particulièrement le Père-Lachaise sont des lieux plein de vie. Benoît Gallot le conservateur le constate chaque jour. Pour notre plus grand plaisir il a créé un compte insta dédié à toute cette faune et cette flore qui évoluent et s’épanouissent en toute quiétude ou presque dans cet espace vert qui semble infini. Plus de 40 hectares c’est presque l’infini.

La vie au cimetière. Avec ses photos, ses anecdotes et son sens de l’humour il nous régale. C’est ainsi que l’on peut observer les renardeaux nés au Père-Lachaise durant le confinement. Une famille de renards qui a élu domicile auprès des chats, des corneilles, des chouettes hulottes, des chauves-souris, mais aussi des faucons crécerelle, des fouines, des éperviers, des hérissons, des écureuils et d’autres petites créatures bien vivantes. Un essaim d’abeille s’est installé dans la tête de Casimir Perier. Enfin dans celle de sa statue de bronze.

Un écosystème qui compte également une grande variété de végétaux: plus de 5000 arbres dont 9 arbres remarquables. Erables, marronniers, frênes, chênes, tilleuls, tuyas, noyers, platanes…On remarque que certains arbres semblent sortir des tombes. Il faut savoir que lorsqu’un arbre, en grandissant, s’est imbriqué avec un élément funéraire (sculpture, pierre, grille…), en principe, la sépulture est protégée.

Il y a tant de choses, à découvrir et d’histoires à apprendre lors d’une balade au Père-Lachaise. Un lieu aussi surprenant qu’émouvant. Je termine cet article avec deux adorables clichés chipés sur le compte insta de Benoît Gallot que je vous conseille de suivre.

https://www.instagram.com/la_vie_au_cimetiere/

A savoir

  • Dès l’ouverture du cimetière, la promenade publique y est autorisée. Une grande première.
  • Mis à part les toutes premières inhumations qui ont eu lieu en fosses communes dès le 21 mai 1804, donc anonymes, la première inhumation qui a reçu une sépulture fut celle d’une petite fille de 5 ans. ’Adélaïde Marie Antoinette Paillard Villeneuve (1799-1804). Mais vous ne la trouverez pas. D’après Jules Moiroux, ancien conservateur du cimetière, il s’agissait d’une sépulture temporaire qui n’existe plus. L’emplacement approximatif où reposent ses restes est régulièrement fleuri.
  • Une reine de France est enterrée au Père-Lachaise. Je vous laisse deviner laquelle.
  • Des candidatures pour rafler le magot de la Comtesse Demidoff arrivent encore au cimetière
  • Une tombe vide attend son « résident » encore en vie. Il s’agit du photographe et professeur de lettres André Chabot. Il vient régulièrement nettoyer sa propre tombe.
  • Le cœur de Chopin est parti en Pologne.
  • Plusieurs milliers de tombes sont inscrites à l’inventaire des monuments historiques, certaines sont classées.
  • Une erreur sur la date de naissance d’Henri Salvador a été relevée. Il est inscrit sur la pierre tombale 1918 au lieu de 1917
  • Eloise et Abélard avant de reposer au Père-Lachaise avaient déjà été réunis dans une première sépulture mais séparés comme de leur vivant.
  • La tombe d’Allan Kardec serait la plus fleurie du cimetière.
  • Il y aurait eu entre 1833 et 1944 vingt-huit suicides

Infos pratiques

Accéder au Père-Lachaise

Il existe 5 entrées pour accéder au cimetière du Père-Lachaise qui est desservi par les stations de métro: Philippe Auguste (ligne 2), Père-Lachaise (ligne 2, 3), Gambetta (ligne 3, 3bis), et  Alexandre Dumas (ligne 2) .

L’entrée principale située sur le boulevard de Ménilmontant, la porte du Repos au 16 rue du repos, la porte des Amandiers située sur le boulevard de Ménilmontant (attention il y a des marches à grimper), la porte Gambetta située dans la rue des Rondeaux, et enfin la porte de la Réunion dans la rue du même nom coté Jardin Naturel.

Horaires et jours d’ouverture

Novembre à mi-mars :

  • de 8h à 17h30 du lundi au vendredi,
  • de 8h30 à 17h30 le samedi,
  • et de 9h à 17h30 le dimanche et les jours fériés.

De mi-mars à octobre :

  • de 8h à 18h du lundi au vendredi,
  • de 8h30 à 18h le samedi,

Conditions pour être enterré au Père-Lachaise

En théories deux conditions sont à remplir pour être enterré au cimetière du Père-Lachaise qui,ne l’oublions pas dépend du service des cimetières de la Ville de Paris: habiter Paris ou y être décédé. Ensuite, à moins d’être propriétaire d’une sépulture de famille déjà existante, vous pourrez en acquérir une sous condition de disponibilité. Il n’y aucune liste d’attente, la demande doit se faire au moment du décès. Autant chercher votre sépulture ailleurs.

Sources

Sites internet

  • Amis et passionnés du Père-Lachaise: https://www.appl-lacahaise.net
  • Visite guidée avec Paris ZigZag
  • Ma chère petite voix. Celle de ma copine Céline bien sûr du site PCPL

Bibliographie

  • Paris 100 lieux mythiques par Frédérick GERSAL aux éditions Hachette
  • Paris méconnu auxéditions Jonglez
  • Le guide du Routard

Aux alentours du Père-Lachaise.

  • Après une belle journée à crapahuter au Père-Lachaise vous aurez certainement les mollets en vrac. Je vous propose donc une pause bien méritée au jardin naturel qui comme son nom l’indique est… naturel. Un jardin paisible qui se débrouille seul sans l’intervention de l’homme.
  • La sépulture de la Môme vous a donné envie d’en savoir plus sur Edith Piaf? Pourquoi ne pas vous rendre chez elle? Enfin dans cet appartement musée qui lui est consacré et qui invite le temps d’un instant dans l’intimité de l’artiste.
  • Boire un verre? Le Scénobar est à deux pas de la station de métro Père-Lachaise. Une très bonne adresse avec une scène et un bar, le Scénobar. Leur shoot de rhum est délicieux.

Anecdotes

13 réflexions sur “Le cimetière du Père-Lachaise

  1. J’adore cet endroit et ta visite est vraiment intéressante! Deux siècles d’histoire politique, culturelle et sociale de France en un seul endroit. J’avais toutefois été bien déçue de la tombe de Jim alors que j’avais mis toutes mes attentes en elle! J’aime beaucoup voir le cimetière sous ses couleurs d’automne par tes photos, ça lui donne un air encore plus mystérieux. Et y’a fallu que je « google » la reine qui y est enterrée. Je reviendrai pour toutes ces tombes qui me restent à découvrir!

    Aimé par 1 personne

    1. Merci Annabelle. C’est un plaisir de te lire. C’est bien ça, ce Cimetière est un cours d’histoire. Concernant la tombe de Jim elle ne m’a jamais attirée. En revanche je manque rarement celle dOscar Wilde. Sans faire le bisou. Nous sommes d’accord.
      C’est d’ailleurs à toi que je le fais le bisou 😘

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  2. Ton article me rappelle mes nombreuses visites au Père Lachaise. Tant de fois je me disais : j’y vais que pour une heure… promesse que je ne pouvais pas tenir. J’ai fait des kilomètres de promenade dans cet endroit, à la recherche des tombes de nombreuses personnalités… et encore, je n’ai pas tout vu ! Merci pour ton article, il me rappelle de bons souvenirs 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. En une heure ? 😂 M’enfin Pierre tu veux dire y passer la journée.
      La première fois que j’ai mis les pieds au Père-Lachaise c’était pour voir la tombe de Simone Signoret. J’ai finalement été très émue par les sépultures de gens inconnus, de la beauté de ce parc, de voir ce monsieur assis sur un banc à bouquiner. Et j’y suis restée des heures.

      Merci pour ton passage ici.
      Bise.

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  3. Que d’anecdotes savoureuses ! Je ne connaissais pas du tout l’arbre à chewing-gum, quelle idée saugrenue. Tu m’as fait sourire avec la tombe vide… ici, il est fréquent de voir des pierres tombales installées du vivant de leurs propriétaires, notamment dans le cas d’une tombe à plusieurs personnes. C’est spécial mais cela doit avoir quelque de réconfortant, de pouvoir choisir sa dernière demeure.

    Aimé par 1 personne

    1. Merci Audrey pour ton passage ici. Oui cet arbre remplace les attroupements des petits gars qui s’allongeaient sur la tombe du chanteur. Bière et joins à gogo. Sinon penses tu candidater pour gagner le magot de la Comtesse Demidoff?
      Attention, on dit que son cercueil est en cristal et que de son tombeau se trouvent des couloirs qui mènent tout droit aux enfers. Alors? Cap’?

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